Mardi 10 mai 2022

25km, 2h38.

Serpentines de Kotor.

Lors du petit-dĂ©jeuner, l’AmĂ©ricain de hier rĂ©sume brièvement son discours apocalyptique et est maintenant en train de me recommander des cryptomonnaies Ă  acheter, mais je n’Ă©coute plus qu’une demi-oreille. PrĂ©paration des sacs avec Oli, chargement des vĂ©los, remplissage des bouteilles d’eau, Ă©talage de la crème solaire, cliquetis de la fermeture des casques, puis on est prĂŞt Ă  attaquer les Serpentines de Kotor, une route sinueuse qui gravit la montagne derrière la ville jusqu’Ă  plus de mille mètres d’altitudes. C’est une ancienne route, donc la pente n’est pas trop aggressive, avec un peu plus de vingt kilomètres de longueur, donc moins de cinq pourcent de pente.

DĂ©part Ă  midi, juste Ă  la prime time pour le soleil le plus ardent, et on a prĂ©vu d’essayer de trouver un endroit au sommet pour camper. Au fur et Ă  mesure que l’on ascende en serpentant, allers et retours avec toujours le mĂŞme paysage, la baie Ă©norme et ses montagnes avoisinantes sont petit Ă  petit tranformĂ©es, presque imperceptiblement, et Ă  chaque virage en u supplĂ©mentaire, on est soulevĂ© un peu plus, les montagnĂ©es rĂ©trĂ©cissent doucement, c’est comme si la baie s’Ă©loignait, et la morphologie du lieu Ă©volue, change, se rĂ©vèle, de plus en plus magnifique et majestueuse. Les quelques voitures qui nous passent ou nous croisent nous encouragent toutes. Toute la journĂ©e, je me sens plein d’une Ă©nergie physique et surtout mentale qui semble infiniment renouvelable, je suis d’une humeur totalement positive et trouve donc toute l’ascension facile. Ma motivation est Ă  son comble. Il fait si chaud qu’on enlève nos t-shirts pour laisser la transpiration couler plus librement et nous rafraĂ®chir, et nous sentir libre.

Oli qui agite une bouteille d’eau.

Presque arrivĂ© au sommet, je voue des exclamations de joie Ă  Dieu et la nature – s’il y a une rĂ©elle diffĂ©rence – lorsque arrivent une dizaine de cyclistes de course qui commencent leur descente. Ils s’arrĂŞtent près de moi pour me dire bonjour, tout plein de respect. Ce sont des Kosovars qui roulent depuis leur pays depuis trois jours, accompagnĂ© d’une voiture qui transporte leurs bagages. Ils me disent que la Suisse est un très beau pays. Tiens, mais qu’est-ce que ça fait plaisir quand mĂŞme, lorsqu’un autre complimente lĂ  d’oĂą on vient; c’est quand mĂŞme un beau compliment, une flatterie qui rĂ©ussit toujours, on se sent toujours emoustillĂ© d’une telle reconnaissance, alors mĂŞme que paradoxalement on n’y est souvent pour rien. Il me disent qu’il faut absolument que je vienne visiter le Kosovo, que les gens y sont extrĂŞmement gentils. C’est notĂ© ! Le type dans la voiture me passe une bouteille d’eau depuis la fenĂŞtre et ils repartent tous.

Avec l’Ă©quipe d’Urban Bike 06.

On arrive finalement au sommet, oĂą se trouve un restaurant. LĂ -haut, terrain rocheux et pas beaucoup d’options pour camper, mais Marc-Antoine m’a donnĂ© les coordonnĂ©es GPS d’un potentiel endroit, au bout d’une route qu’il n’avait pas pu traverser car il y Ă©tait venu en hiver. On doit donc contourner une barrière (sans panneau d’interdiction, donc factice, un leurre auquel il ne faut pas se faire avoir) et continuer sur deux cent mètres, et l’on trouve un endroit parfait: reculĂ©, relativement cachĂ©, avec une vue imprenable sur la baie, près d’un grand drapeau national. Tout simplement Ă©pique. Le vent se lève, la partie du ciel derrière nous par-dessus les montagnes est occupĂ© par un vil nuage foncĂ©, et il commence bientĂ´t Ă  pleuvoir. On se dĂ©pèche de monter nos tentes, on court dans tous les sens pendant que je demande Ă  Oli si c’est une bonne idĂ©e de dormir si proche d’un drapeau s’il y a un risque d’orage, mais lui ne semble pas trop se soucier. Les gouttes tombent de plus en plus densĂ©ment, et le vent manque de faire s’envoler nos toiles. Je dĂ©pose mes sacs mouillĂ©s sous ma tente, on attend quelques minutes et rapidement il ne reste plus que le vent, qui commence lui aussi Ă  se calmer, juste assez pour qu’on sorte nos rĂ©chauds et que l’on cuisine des pâtes et des lĂ©gumes. Je dĂ©couvre avec effroi qu’Oli est une de ces personnes qui ne chronomètrent pas le temps de cuisson des pâtes ni ne les cuit al dente. On mange quand mĂŞme bien, en admirant en silence la baie sous le coucher du soleil, puis les lumières des villages qui s’allument, le ferry de Kotor qui s’en va. Chaque instant, les couleurs du ciel semblent diffĂ©rentes. Le vent reprend juste après que l’on ait mangĂ©. Oli va dormir, je reste un moment assis sur les rochers Ă  regarder la vue en contre-plongĂ©e. La montagne est si abruptement raide et Ă©levĂ©e que la perspective d’ici semble distordue, comme irrĂ©el, fausse, trompĂ©e. On a presque l’impression d’observer le monde Ă  la totale verticale, et le cerveau peine Ă  comprendre ce qu’il voit. Je n’ai pas envie d’aller sous la tente, je veux continuer Ă  observer cette scène unique aussi longtemps que possible. Je reste lĂ  un moment avant d’aller dormir.

Devant la baie de Kotor.
Montagne au sommet des Serpentines de Kotor.
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