Dimanche 1er mai 2022

62km, 3h44.

Omiš, Baška Voda.

Split, Split, Split. Ah, Split. Destination incontournable de la Croatie, perle de la cĂ´te adriatique, tu as su me charmer et tu m’as gardĂ© plus longtemps que n’importe quelle autre destination de ce voyage. Je voulais simplement me reposer et m’occuper de quelques tâches avant la suite, mais non, tu m’as eue. Ton âme est le fruit d’influences romaines et vĂ©nitiennes, auxquelles se mĂŞlent empreinte byzantine et traces austro-hongroises, tout en conservant une fière et forte posture slave. C’est ton Palais de DioclĂ©tien et ses murs conservĂ©s vieux de 1700 ans Ă  l’intĂ©rieur et autour desquels la ville s’ est construite, et qui abritent aujourd’hui des dizaines de charmants cafĂ©s, bars, restaurants Ă  la cuisine internationale, galerie d’arts et autres boutiques. Ou c’est peut-ĂŞtre la richesse historique et la beautĂ© de ta cathĂ©drale de Domnius et son pĂ©ristyle, de jour Ă©blouissant sur toute la place par la blancheur de ses roches, s’attendrissant le soir pour devenir une cour Ă  la chaude atmosphère, place prĂ©fĂ©rĂ©e oĂą traĂ®ner et boire un verre. Tu attires le bon monde, tu es une de ces villes qui a le secret pour sĂ©duire ceux qui veulent monter une boutique extraordinaire ou proposer des plats incroyables. Ils savent que c’est chez toi que ça se passe. Et le soir, tu as su corrompre mon esprit et me faire faire tout et n’importe quoi. Tu sais faire la fĂŞte, les voyageurs dans les Balkans passent par toi et il n’y pas de soir oĂą tu t’endors vĂ©ritablement. Vagabonds de passage, backpackers, cyclotouristes, Ă©tudiants en Ă©change, tous les jeunes et moins jeunes fĂŞtards internationaux s’y rencontrent pour des douces nuits de folies, rapides, intenses, avant de continuer leur voyage.

Ainsi nous repartons Ă  vĂ©lo, car il faut bien y aller un jour, n’est-ce pas, sinon ça ne ferait pas de sens: toute chose a une fin, et s’arracher des bonnes choses permet tout autant de les apprĂ©cier et de les respecter. J’ai très peu dormi, il va falloir me reposer ces prochains jours et repayer ma dette hypnique. Dette qui soit dit en passant Ă©tait d’après mon avis actuel un excellent investissement et dont j’ai pu tirer des profits de plaisir qui en valaient la peine. En sortant de la ville, je manque de me faire renverser par une voiture que je suivais qui a subitement freinĂ© et fait marche arrière. Par rĂ©flexe, j’ai immĂ©diatement tapĂ© de ma main sur le capot arrière en jurant en français, ce qui a immobilisĂ© la voiture. La femme du monsieur a ouvert la porte en s’excusant humblement, pendant que ce dernier regardait droit devant comme si rien ne s’Ă©tait passĂ©. Les gars et leur ego, je vous jure.

Je suis des promenades piĂ©tonnes le long de la mer. Petit sentier rocheux assez compliquĂ© Ă  un moment. Puis arrivĂ©e Ă  Omiš, et la route bifurque Ă  l’intĂ©rieur des terres pour s’enfoncer entre des larges falaises qui suivent la rivière Cetina, dont l’embouchure se trouve dans ce village. J’aime imaginer qu’il y a peut-ĂŞtre une goutte que j’ai vu sortir de la source l’autre jour et qui est maintenant ici en train de se jeter dans la mer, ayant complĂ©tĂ© sa vie d’eau douce et rejoignant la grande famille dans la mer. Je te salue, petite goutte. BientĂ´t tu remonteras au ciel, mais vraiment. Une goutte, ça ne meurt pas quand ça monte au ciel, ce n’est que le dĂ©but d’une nouvelle aventure qui la projettera loin. De la vĂ©ritable rĂ©incarnation !

Entre les falaises, routes tortueuses. Beaucoup de forĂŞts denses, de rochers impitoyables: la cĂ´te mĂ©diterranĂ©enne, quoi. De la montĂ©e aussi, ça grimpe jusqu’Ă  se retrouver du cĂ´tĂ© de la mer, oĂą on retrouve une vue sur les Ă®les. Je suis au point le plus haut de ma route pour aujourd’hui, j’ai donc bien mĂ©ritĂ© un Ragusa. J’en ai dix, cinq au lait et cinq noirs, autant de rĂ©compenses pour des ascensions rĂ©ussies. Je dĂ©guste donc le premier au lait ici.

Durant la pause Ragusa.
La route qu’on emprunterait en voiture.

Plus tard, je commence Ă  me sentir moins bien, tout cela est trop d’effort pour mon corps affaibli par Split. Je commence Ă  avoir un peu mal Ă  la gorge. Je dĂ©cide de dormir au chaud et rĂ©serve un appartement sur Booking. Dans les instructions d’accès, c’est Ă©crit que « quelqu’un vous accueillera sur place ». Sur place, rien. Je ne trouve d’abord mĂŞme pas le numĂ©ro de rue. Je dois demander Ă  des voisins, puis une dame appelle la personne qui est censĂ©e habiter lĂ . Cette personne dit que la chambre n’est pas mise Ă  disposition jusqu’en juin. Saperlipopette, mais c’est pas possible ça. J’ai dĂ©jĂ  payĂ©, je me sens de plus en plus malade, j’ai juste envie d’une chambre. Le propriĂ©taire arrive, il me montre la chambre, il y habite en fait, mais me dit que je peux dormir sur le lit et qu’il dormira autre part ce soir. Mais c’est sale et il y a des objets lui appartenant Ă©parpillĂ©s partout; je refuse: j’ai payĂ© et j’aimerais rĂ©cupĂ©rer dans un endroit plus hygiĂ©nique. Ă€ ce point, je suis Ă©nervĂ©, il ne veut pas me rendre mon argent payĂ© via Booking et il m’a fait perdre mon temps. Je prends un autre hĂ´tel pas loin, il essaie de me retenir, me demande de ne pas lui donner une mauvaise note, mais mon gars c’est tout ce que cette affaire mĂ©rite. Il tente ultimement et vainement de me proposer une bière, ce qui m’agace encore plus avant que je m’en aille. Ă€ l’hĂ´tel, porte fermĂ©e, je vois la rĂ©ception, mais personne, mais c’est pas possible. Il y a un numĂ©ro, je demande Ă  un passant d’appeler pour moi, le gĂ©rant est au restaurant, il me dit que sa femme va bientĂ´t arriver. Las, j’attends, rappelle un quart d’heure plus tard, attends encore, finalement on arrive, excuses, mais ça m’est Ă©gal, donnez-moi juste une chambre. Je cuisine, me douche puis m’Ă©crase sur le lit.

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