Mardi 12 avril 2022

54km, 3h45.

Brestova, Cres.

RĂ©veillĂ© une première fois par les bruits de perceuse des travaux de la maison d’en face, et ensuite par la bonne odeur de la cuisine de Sanja, qui me prĂ©pare du broccoli frit et des Ĺ“ufs durs Ă  emmener avec moi. On mange du pain avec du beurre et sa propre confiture, aux figues et au kiwi, pendant qu’elle prĂ©pare un plateau de cafĂ© et de biscuits pour les travailleurs qui vont rĂ©parer sa fenĂŞtre. Elle rempli aussi mon flacon d’huile d’olive, qui Ă©tait vide. On va ensuite rapidement boire un thĂ© au Velo Kafe (« grand café ») sur la place Ă  l’entrĂ©e de la vieille ville. En chemin, on croise plusieurs personnes qu’elle salue. Sanja est nĂ©e ici, puis elle a bougĂ© Ă  Belinzone en Suisse Ă  l’âge de vingt ans. Elle y est restĂ©e plus longremps que prĂ©vu Ă  cause de la guerre qui avait lieu en Croatie, et aujourd’hui elle revient dès qu’elle peut Ă  Labin, Ă  la maison familiale. Elle vit Ă  cheval entre les deux cultures et me parle de leurs diffĂ©rences, notamment au niveau communautaire. Ă€ Labin, tout le monde s’entraide, s’occupe de chacun, se donne des biens et des services. La voisine s’est notamment occupĂ©e de la maman de Sanja en fin de vie comme d’une sĹ“ur. En Suisse, les gens sont individuelles, c’est du chacun-pour-soi, il y a une froideur sociale car tout s’achète et s’Ă©change avec l’argent. Elle prĂ©fère la vie sociale en Croatie, ce qui me paraĂ®t Ă©vident quand je vois le cercle sociale qu’elle a juste en descendant une rue de la ville. Après le cafĂ©, on se dit au revoir Ă  la muraille et je repars Ă  vĂ©lo sous un beau soleil.

Je suis un peu Ă  la masse, mais seule photo que j’ai avec Sanja.
Logistique Ă  la sortie de son appartement.

Sanja m’a donnĂ© l’horaire des ferry pour l’Ă®le de Cres, qui partent de Brestova, et j’essaie d’y ĂŞtre pour 13h30, sinon il faut attendre le prochain trois heures plus tard. Sur la route, je dĂ©bouche Ă  un moment sur le paysage d’un plateau qui contient une large forĂŞt que je surplombe, dont les arbres aux multiples nuances de vert ressemblent Ă  des petits coups de pinceaux jetĂ©s dans la scène, et une petite colline Ă  l’arrière fait office d’arrière-plan. Je dois descendre dans cette peinture jusqu’au niveau de la mer, puis remonter la colline adjacente. Ça prend plus de temps que je le prĂ©voyais d’après la carte, et j’arrive Ă  Brestova une quinzaine de minutes seulement avant le dĂ©part du ferry. Je place mon vĂ©lo contre un mur et sort une banane pour profiter de manger, quand je remarque des cyclistes sur ma gauche, et reconnaĂ®t Vesela et Felix ! Je m’approche en hâte, je suis bien content de finalement les avoir rattrapĂ©. Ils ont dormi vers Raša, lĂ  oĂą je suis passĂ© et oĂą j’ai rencontrĂ© Sanja, mais je ne les y ai pas vu. Il y a aussi un autre cycliste, Natt, qui attend le ferry, lui a un vĂ©lo bike packing, un VTT avec un montage ultra-lĂ©ger, sans sacs latĂ©raux, ce qui lui permet de faire des routes bien plus rocheuses et d’aller bien plus vite que nous bike tourers. Il a plusieurs sponsors et se dĂ©place avec appareil photo professionnel, trĂ©pied, drone, il a la totale et a l’air très connectĂ©. Il est Anglais et a pris l’avion jusqu’Ă  Ljubljana pour faire quelques jours de vĂ©lo. Le ferry arrive bientĂ´t, on monte tous les quatre suivi d’une vingtaine de voitures. Sur le pont, on mange le broccoli frit, dĂ©licieux, et Natt fait voler son drone qu’il a failli perdre Ă  cause du vent et de la vitesse du bâteau. ArrivĂ©s sur l’Ă®le de Cres, Natt connecte des appareils dans tous les sens pendant qu’un bip sort de son sac Ă  dos, puis nous laisse. Vesela travaillait dans un atelier de rĂ©paration de vĂ©lo en Allemagne, et elle rĂ©ussit Ă  rĂ©parer mon guidon et resserrer mes freins avant que l’on commence aussi la longue montĂ©e dans l’Ă®le.

Fahrrad Café « on the road ».
Longue montée sur Cres.

Il y a très peu d’habitants et de village sur l’Ă®le (du moins cette partie lĂ , au nord), qui est recouverte d’arbres, et une route la traverse d’un bout Ă  l’autre. Il y a très peu de voiture, ce qui est agrĂ©able pendant que l’on morfle sous le soleil cuisant. Felix a Ă´tĂ© son t-shirt. C’est bien plus plaisant de faire une longue montĂ©e accompagnĂ©: je suis naturellement plus motivĂ©, on se suit, chacun tantĂ´t prenant la tĂŞte du modeste peloton, on admire ensemble l’impressionnante vue, on partage notre nourriture, nos fruits et notre chocolat, et les blagues Ă©changĂ©es donnent une Ă©nergie naturelle aux muscles.

Vesela.
FĂ©lix.
On n’hĂ©site jamais Ă  s’arrĂŞter pour admirer le paysage.

On finit par arriver au sommet de la montĂ©e, suivi d’une belle descente. Ă€ l’avant, on voit la route serpenter magnifiquement Ă  travers l’Ă®le couverte de forĂŞt, sur le versant ouest sur lequel on se trouve, pendant que l’on descend Ă  plus de quarante kilomètres Ă  l’heure. La route est dĂ©jĂ  magnifique, et soudainement c’est comme si les OurĂ©a avaient Ă©cartelĂ© la partie de montagne qui nous bouchait la vue, et le paysage s’ouvre majestueusement sur l’Ă®le de Krk, Ă  l’est, ainsi que la cĂ´te dalmatienne et l’impressionnante chaĂ®ne de montagne Velebit, dans une peinture Ă  l’ordre de grandeur inimaginale. J’en ai un orgasme visuel pendant que mon corps est traversĂ© de frissons et que ma langue ne peut s’empĂŞcher de crier des « waouh » et des jurons que je m’Ă©tais interdit d’utiliser il y a bien longtemps. On prend une pause lĂ , et je dĂ©cide de peler et partager mon pamplemousse, rĂ©compense des dieux, fruit de notre terre (bien que pas celle locale).

Après la pause pamplemousse.

On continue la route qui descend, puis nos chemins se sĂ©parent: eux continuent pour le village de Cres puis le reste de l’Ă®le, alors que moi je compte prendre un ferry pour Krk Ă  l’est. On se dit adieu et je continue seul.

Vue sur Krk et le nord de la Dalmatie.

Je ne sais toujours pas si je vais prendre le ferry ce soir ou demain matin, il me faut un endroit oĂą dormir, et en suivant un sentier assez sauvage après ĂŞtre sorti de la route, je tombe sur une petite clairière qui ressemble Ă  un coin de paradis. Sous les lumière dorĂ©es d’un soleil couchant, le sentier pĂ©tille de la vive couleur jaune de centaines d’euphorbes, et des dizaine de moutons broutent paisiblement l’herbe en bĂŞlant joyeusement. Au sol, un grand mandala en pierre m’invite, devant un bel arbre et une vue qui donne sur la mer et le nord de la Dalmatie. Je prends immĂ©diatement la dĂ©cision de camper lĂ . En plus, c’est plutĂ´t bien cachĂ©, et avec le peu de gens qu’on a croisĂ© aujourd’hui sur l’Ă®le, je suis sĂ»r que je n’aurai aucun problème.

Il y a mĂŞme une nouvelle table de pique-nique.
Il y avait des moutons gambadant partout.

Je monte la tente, cuisine de la polenta et un poivron rouge et des oignons verts, mange deux haribos Ă  la rĂ©glisse, puis range mes affaires avant qu’il fasse nuit. Rassurant et agrĂ©able. Je fais ensuite du stretching en contemplant la vue. Mis Ă  part des bĂŞlements qui se font de plus en plus distant, il y a un silence complet. J’observe ensuite la Dalmatie s’allumer et commencer Ă  scintiller, je vois aussi Rijeka au loin sur la gauche. De Krk, un des derniers ferrys s’avance lentement vers Cres, ses lumières reflĂ©tant doucement sur l’eau d’un bleu calme profond. Il fait rapidement nuit et je me rĂ©fugie dans ma tente. Je me sens plutĂ´t en sĂ©curitĂ© ici, principalement grâce au mandala qui me protège.

Page Instagram de Natt: https://instagram.com/natt.ewill?igshid=YmMyMTA2M2Y=

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