Samedi 19 mars 2022

40 km, 2h44

Gozzano, Borgomanero, Gattico, Cicognola.

RĂ©veillĂ© Ă  8h30 par les cloches de Sacro Monte qui jouent une petite mĂ©lodie. Il fait beau et le soleil brille. Je prends mon temps pour sortir de la tente. Puis je mange tranquillement, nettoie mon vĂ©lo, regonfle les pneus, profite de la fontaine pour nettoyer les ustensiles, fais un peu d’ordre dans mes sacs. Je retourne ensuite devant l’Ă©glise, visite l’intĂ©rieur, admire la vue sur le lac. Dans les chapelles se trouvent des centaines de statues en bois de taille rĂ©elle reprĂ©sentants des scènes de la bible. Des centaines de fresques accompagnent celles-ci.

Visiter un lieu de piĂ©tĂ© en tant que nomade me dĂ©voile une facette de ces endroits que je n’avais jamais comprise avant. C’est la première fois de ma vie que je passe par un lieu saint comme Ă©tape d’un chemin, pour une nuit. D’habitude, c’est pour une visite touristique rapide, une destination supplĂ©mentaire dans une journĂ©e chargĂ©e. J’arrive, je regarde vite fait, prends des photos, jette un petit « waouh » face Ă  une belle fresque ou une arche bien construite, et m’en vais. Aujourd’hui, je me sens accueilli ici, j’ai l’impression d’ĂŞtre le bienvenu dans un lieu de ressourcement, de sĂ©curitĂ©, de calme. Je m’y sens accueilli, invitĂ©. Je ressens l’envie de me prosterner devant une grandeur au-dessus de moi, Ă  toute cette organisation, cette foi et cette confiance qui rend ces endroits possibles et si magiques.

L’Ă®le de San Giulio.

Le temps que je me mette en route, il est bientĂ´t midi. La route est facile, plutĂ´t plate, passant par des jolis villages italiens. Ă€ Gozzano, il y a un marchĂ©. J’achète de la ricotta, des tomates sĂ©chĂ©es et des olives. Ça va ĂŞtre parfait avec mon pain. Le vendeur me parle en français, et après que je lui raconte le but de mon voyage, me donne le tout Ă  deux euros « pour l’inspiration », et prend mon Instagram. Je me connecte Ă  un Wi-Fi et une personne de WarmShowers m’a rĂ©pondu positivement pour ce soir! Il me prĂ©vient que son anglais n’est que pour la survie, et il sait que je ne parle pas bien l’italien. On verra ce que ça donne. Il n’habite qu’Ă  une vingtaine de kilomètres et je peux donc prendre mon temps. Je roule plus aisĂ©ment, visite les Ă©glises toutes plus incroyables les unes que les autres, mĂŞme dans les petits villages.

Villa Crespi
San Bartolomeo, Ă  Borgomanero

J’arrive Ă  l’extrĂ©mitĂ© sud du Laggo Maggiore vers 15h, juste Ă  cĂ´tĂ© de chez Giorgio. Je trouve un coin sur la plage et me pose au soleil. C’est calme, des couples qui se promènent ou mangent le pique-nique, et quelques familles qui s’amusent. MĂŞme s’il fait lĂ©gèrement frisquet, il fait grand beau maintenant. J’Ă©cris mon journal.

Ă€ 18h, je vais chez Giorgio. En arrivant devant la maison, c’est le boucan: deux dames semblent crier, des chiens aboient, des portes claquent. Une des dames me voit, me dĂ©visage et dit quelque chose Ă  propos de Giorgio, tout excitĂ©e, en voyant mon vĂ©lo bien garni. Elle m’emmène Ă  l’intĂ©rieur et m’ordonne de m’asseoir Ă  la cuisine, qui est jonchĂ©e de casseroles, de bouteilles de condiments divers, et de plats cuisinĂ©s. Elle me demande si je veux un caffè et sort une boĂ®te remplie de biscotti. Giorgio arrive, les cheveux et les favoris Ă©bouriffĂ©s, et on essaie de communiquer. Mon italien est aussi modeste que son anglais, mais on arrive Ă  se comprendre en parlant piano. Sa tante, qui est celle qui m’a invitĂ©e, est pleine d’Ă©nergie et commence Ă  m’offrir plein de nourriture. C’est au tour de la maman de Giorgio d’entrer dans la cuisine, et de lui donner des ordres quant Ă  quoi me donner Ă  manger pour le souper, dans son fort caractère et de sa voix qui est d’une qu’on n’ose pas contredire. Le père aussi arrive et repart, ça crie dans tous le sens, car ils partent manger chez la famille et doivent d’organiser. En plus de tout cela, il y a trois chiens qui aboient et courent dans tous les sens. C’est le chaos; pour le petit Suisse que je suis, on dirait que tout le monde s’engueule, mais Ă  y regarder de plus près, tout Ă  l’air en ordre, et tout le monde opère bien! Ils s’en vont chargĂ©s de plats et laissent Giorgio et moi Ă  table. Je suis forcĂ©, tout comme lui, de faire un effort pour communiquer, et ça marche très bien. Un niveau d’italien dont je ne soupçonnais mĂŞme pas l’existence sors de moi naturellement, et j’admire la capacitĂ© du cerveau Ă  se dĂ©brouiller et Ă  ĂŞtre intelligent quand il le faut, comme par magie presque. Ă€ la fin du repas, il me fait goĂ»ter des alcools forts artisanaux de la famille et d’amis; du limoncello, de l’alcool de myrtilles, de cerises, et d’herbes. Lui n’en prend pas, car après cela il me conduit en voiture jusqu’Ă  Arona, sur le Lago Maggiore. On prend Yoshi, son chien, avec nous. On fait un petit tour sur le bord du lac, toujours en essayant de se dĂ©chiffrer mutuellement nos mots. Le centre est quelque peu animĂ©, des jeunes s’amusent autour des bars. On va manger un gelato, que Giorgio insiste Ă  m’offrir. Le lac est très bas car cela fait depuis l’automne qu’il n’a pas plus dans la rĂ©gion. Emanuela me disait la mĂŞme chose, et la population s’inquiète pour les sĂ©cheresses ou crues qui suivront Ă  l’arrivĂ©e du printemps. Je remarque que c’est la pleine lune. Quelques petites pensĂ©es…

Au retour Ă  la maison, le papa ne cesse de m’offrir de la nourriture. Ils ont des caisses remplies de lĂ©gumes, pâtes, chips, boĂ®tes de conserves, etc. dans la cave, et il tient absolument Ă  ce que je reparte les sacs remplis. Je suis gĂŞnĂ© de refuser mais ne peut pas tout accepter, je suis dĂ©jĂ  tellement reconnaissant qu’ils m’offrent un lit et un repas. Georgio dort sur le canapĂ© et me laisse sa chambre et son lit. Tant de gentillesse et de gĂ©nĂ©rositĂ©. J’espère pouvoir leur redonner un jour au moins autant qu’ils m’ont donnĂ©.

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